13 Juin 2014, Sao Polo, Brésil 

Des Nouvelles des Belles Terres

Je vous apporte des nouvelles des Belles Terres.
Asseyez-vous. Réjouissez-vous. Venez donc autour de moi pour entendre mon histoire. Ecoutez-la, entendez-la, elle est le colibri qui chante par ma voix. Hier n’est pas ce que l’on croit et demain n’est pas encore là.
Moi c’est d’aujourd’hui dont je souhaite vous parler. Et c’est au Brésil que je vais vous emmener. Venez venez, suivez-moi, partons à Sao Polo d’un claquement de doigts.

Maintenant ne faites plus de bruit, je vous en prie. Asseyons-nous en rond sur l’herbe verte et profitons du spectacle. Nous sommes sur une pelouse. Oui, LA pelouse. Celle qui verra le premier coup de pied dans le premier ballon de cette coupe du monde de football 2014. Sentez le léger tremblement du sol. Il semble vibrer. Presque chanter. Les gradins semblent à mille pied de là. Ils sont pleins à raz-bord. La foule scande des slogans de circonstance. Tape du pied. Le match, le match, ils veulent leur match.

Laissons un instant le terrain à son impatience et rejoignons  les tribunes. Une frénésie discrète les secoue. Ca parle, ça téléphone, ça se conciliabule. Quelque chose cloche. L’arbitre gesticule dans un coin, face aux entraineurs des deux équipes. On ne trouve pas les joueurs. Comment ? Les brésiliens ? Non, pas un seul. Ils étaient là et puis, non, plus rien, personne. Les croates alors ? Non, pas de croates non plus.

L’annonce laisse comme un flottement. L’arbitre regarde les deux entraineurs. Les deux entraineurs regardent l’arbitre. Tous les trois regardent la foule. Et celle-ci, se sentant observée, ce tait soudain. Dans un silence inquiétant, soixante-huit mille paires d’yeux et des centaines de caméras fusillent le trio.

Il est des silences plus lourds que d’autres. Des silences inavouables. Celui-ci glissera un marque page dans les livres d’histoire. La tension monte. Le maître du jeu propose un numéro pyrotechnique. L’organisateur imagine une panne technique. Et pendant ce temps, entre les minutes qui passent, l’inéluctable se fraie un chemin.

Le destin marque un temps mort. Puis, rompant soudain la monotonie publicitaire, un garçon hilare envahit tous les écrans. Son image fait le tour du monde en un instant. Un milliard de regard fixent sur un seul enfant. Par-là, crie-t-il en portugais. Aqui, aqui. Et il se met à courir, dans un décor de favélas, sur un chemin de terre, suivi par une caméra déboussolée.

Au détour d’un abri de fortune, assis sur le sol, la foule découvre les joueurs brésiliens et croates. Certains d’entre eux jouent au ballon avec les voisins. D’autres discutent autour d’un verre. La scène donne immédiatement envie de se joindre à la fête. Faisons cela. Restons là.

A l’approche de la caméra, l’un d’eux se lève. Ses compagnons le rejoignent. Il prend l’enfant par l’épaule et dit, tout simplement:

– L’équipe du brésil ne jouera pas ce soir contre la Croatie dans votre stade.
Son homologue croate le rejoint et annonce sur le même ton:
– L’équipe de Croatie ne jouera pas ce soir contre le Brésil dans votre stade.
Un troisième s’approche et déclare, en anglais cette fois:
– Jouer à vos conditions, c’est jouer sur du sang et de l’avidité. Nous ne voulons pas participer à cela. Nous invitons donc toutes les équipes à venir nous rejoindre ici, sur ce terrain vague. Et maintenant, si vous le voulez bien, laissons parler le ballon.
Un sifflet retentit. Les équipes se mettent en place. Et commencent à jouer.

Quelques minutes seulement ont passé depuis cet événement. Et déjà le monde a changé. Je ne vous parlerai pas du lendemain matin, il n’a pas encore vu le jour.

Vous pouvez bien sûr rester regarder le match. Faites-vous une petite place sur le bord du terrain et profitez du spectacle.

Pour ma part je vous laisse à présentaux soins de cette histoire. Ecoutez-la, entendez-la, elle est le colibri qui chante par ma voix. Hier n’est pas ce que l’on croit et demain n’est pas encore là.

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