Découvre mon roman, il te donnera une chouette raison de te lever le matin

“On va faire autrement”, c’est l’histoire d’un homme qui découvre une roulotte, au milieu d’un parc privé, accessible par le pan éboulé d’un mur, et qui décide d’aller la voir de plus près. C’est l’histoire d’une curiosité.

“On va faire autrement”, c’est un livre qui débute par une question: Si on pose un cocktail molotov à vos pieds, allez-vous le lancer ?

“On va faire autrement”, c’est la vie de Nathan, qui découvre, tissé dans la monotonie de son quotidien, des gens qui ne vivent pas du tout comme lui. Qui vivent à un autre rythme. Avec d’autres raisons de se lever le matin. Des raisons qui ne font pas juste hausser les épaules et regarder ailleurs. Il rencontre des gens qui mettent de la poésie dans leur quotidien quand lui se contente de boire de la bière. Qui jouissent de leur vie alors qu’il fait ce qu’il peut pour supporter la sienne.

Nathan découvre aussi que si l’on s’assied sur une place, sans bouger, on peut les reconnaître. C’est comme si le temps passait à un autre rythme pour ces gens là. Et que plus on les voit, plus on a envie de les rejoindre.

“On va faire autrement”, c’est l’histoire de Nathan, donc, qui finit par se demander s’il a fait les bons choix, ou s’il ne serait pas temps d’en changer.

Pour lancer une bouteille, selon les connaissances de Nathan, il fallait la saisir au goulot, effectuer un élégant mouvement de balancier du bras et la lâcher quelque part par là-bas. Par « là-bas », entendez au loin, en direction dun policier bien abrité derrière sa guérite mobile. La bouteille décrivait alors un long arc de cercle et parcourait la plus grande distance possible avant de s’éparpiller en éclats, idéalement en faisant beugler lhumain caché sous luniforme. Affirmer maîtriser la technique lui aurait valu un lever de sourcil du moindre apprenti révolutionnaire, mais il lavait tout de même éprouvée durant ses années boutonneuses, lorsqu’à défaut de pavés à déterrer des rues bétonnées de Ville il lançait au nez de la police une pluie de bouteilles de bière auparavant dûment éclusées en vociférant des chants mi-guerriers mi-bourrés exigeant la transformation immédiate voire rétroactive des immeubles vides du centre en bars alternatifs.

Cette technique ne sappliquait pas pour peu que la bouteille en question soit surmontée dune mèche en feu et remplie de liquide inflammable, comme il allait le découvrir dans quelques heures. Il est en effet préférable dans ces cas de la tenir comme une bouteille de champagne au moment de la servir et ne pas trop faire de manières sur l’élégance du geste. 

Ce nest pas vraiment cette mémoire qui troubla Nathan au moment où il posait son verre de bière vide dans l’évier de la cuisine. Tout juste son ombre. Un souvenir furtif de sa vie davant. Limage dune jarre dans un salon enfumé, dans laquelle chacun versait la somme quil pouvait pour payer son verre. Le jour qui pointait derrière les rires. Des nuits curieuses, saoules de musique et de projets, colorées et vibrantes. La certitude de ne pas avoir à se lever avant den avoir envie. Un frisson de liberté. Et limpression, fugitive et moqueuse, que cette période s’était planquée dans un livre poussiéreux, au rayon jeunesse de sa vie, à labri des conceptions présentes de leur dépositaire.

Il chassa les toiles daraignée de son passé dun haussement d’épaules, enfila une veste légère, prit tabac et carte de crédit et sortit taquiner la nuit. Peut-être, espéra-t-il fugacement, celle-ci lui offrirait-elle un peu de piment pour relever le quotidien. 

Il descendit à pied la route conduisant au pont, la suivit jusquau centre-ville, rejoignit la Rue des Bars puis se laissa mener dinstinct. Il cherchait un endroit sympa, mais pas trop. Joli, mais sans chichis. À limage de la femme quil espérait rencontrer. Il ne sortait pas pour sortir. Non. Il sortait pour ne pas rentrer seul. Pas vraiment pour tromper lennui donc. Il vivait avec celui-ci un couple libre et non exclusif.

Après avoir consciencieusement parcouru la rue deux fois, salué une grappe damis et s’être renseigné sur le qui-traîne-où du jour, Nathan opta pour le Renaissance, bar gai à tendance hétéro le week-end. Déco façon usine désaffectée. Tapis blancs. Scène de chasse. Papillons en papier sur les murs. Bar en inox. Serveurs attrape-mouches.

Il passa la première heure à compter trois mojitos en échangeant des banalités avec des amis de nuit et des collègues du Paquebot tout en guettant un petit miracle nocturne. Il vagabonda dune table à lautre — table en bois, table en métal, table en marbre — rencontra des gens, apprit la météo de la veille, laccident duntel et le mariage de bidule, commanda un quatrième verre pour faire passer les banalités affligeantes des discussions, avant de sapprocher des baffles pour éviter den entendre plus, puis : Puis il la vit.

Accoudée seule au coin du bar, un sourire en forme dinvitation accroché aux lèvres, lair mi-ennuyé mi-ravi d’être là, le talon tapotant le tabouret à défaut de la piste. Nathan avait capté lappel. Et la belle, il en était sûr, lavait vu. Il ne prit pas de gants et se dirigea vers elle comme on retrouve une connaissance. Elle ne joua laffront d’être surprise. Laissa deux bises lui effleurer les joues. Accepta un verre. Une piscine de champagne. Bulles et citron. Un merci inaudible. Lapproche était totalement pourrie, Nathan le savait bien, mais laquelle ne lest pas? Il linvita à danser. Elle y consentit. Et la soirée put enfin commencer.

Ils firent leurs premiers pas sur un air de Caravan Palace. Trois pasitos. Une main qui se tend. Et en une seule passe, l’évidence : Ça connecte. Cinq barres sur l’échelle des comptabilités. Plein signal. Rien besoin de se dire. Suivre le courant suffit. Un guidage léger. Un effleurement d’épaule, deux petits tours puis se laissent aller. Retour au bar. Piscine suivante. Prochain tour de piste. Aucun mot échangé. Pas même leurs prénoms. La musique protège divinement des banalités.

La soirée devint vite floue. Enchevêtrement de pas et de verres. Et encore. Et encore. Jusqu’à ce que le DJ jette l’éponge sur les cinq coups du matin. Alors ils sortirent, bras dessus bras dessous, décidant desquisser encore quelques pas ensemble. Ailleurs. Encore. Différemment peut-être. Ils marchèrent un moment sans but, les oreilles sifflantes et le corps en sueur. Il la prit par la taille, lui déposa un léger baiser dans le cou et la guida sur le chemin du retour. De son retour à lui. Son nid en haut de la colline.

Ils ne prononcèrent pas un mot. À quoi bon? Leurs oreilles sifflaient encore du trop-plein de décibels et leurs corps navaient aucune envie, mais alors vraiment aucune, de rompre la danse. Ils flottaient tous deux dans un intermède délicieusement prometteur.

Au moment où leurs pieds jouaient un slow de claquettes sur le vieux pont de bois séparant le Centre de Ville du Quartier des Collines au sommet duquel nichait son immeuble, un jeune homme en capuche les dégrisa dune phrase :

Salut bro. Tu me prêtes ton portable?

Il y eut une brèche, une altération de linstant, tirant Nathan vers un pan plus rude de la réalité. Il était loin, si loin de là, perdu sous les sensations de sa main droite parcourant lentement le flanc de la jeune femme, découvrant la géographie de son bassin, la naissance de sa poitrine et la ribambelle de promesses nichée entre les deux. Et les mots bro ou portable ne signifiaient rien pour lui à cet instant. Rien du tout.

Pourtant, en remontant malgré lui vers le temps présent, des lumières finirent par sallumer. Des signaux dalarme désagréables. Linconnu avait dit cela avec un ton étrange, inhabituel à cette heure de la nuit. Un ton sobre, clair. Une intensité de torrent de montagne qui nappelait dautre réponse quun mais bien volontiers, quil ne prononça pas. Il se contenta de porter sa main à sa poche et tendre le téléphone demandé.

Merci, ça me dépanne vraiment. Jen ai pour une minute, tinquiète, je dois juste appeler les pompiers.

Bien que sortant de boîte et étant, en résumé, totalement pété, Nathan ne put sempêcher de remarrquer le manque de raisons évidentes de composer le 17. Il jeta une œillade discrète et interrogative à sa compagne qui la lui rendit sans rien y ajouter. Non vraiment, toute ivresse mise à part, la nuit ne recelait pas la moindre trace de lueurs dincendies, pas la plus petite odeur de brûlé et aucun chat ne miaulait dans les arbres. Elle était même divinement calme, comme savent l’être les nuits citadines guettant laube des dimanches matin. Seuls quelques fêtards zigzaguaient dans les rues, ou comme lui en ce moment sur les ponts jetés entre les rives. Les premiers oiseaux du printemps navaient pas encore sorti leur bec de leurs ailes, les coqs rêvaient de poules et les pompiers ne désiraient certainement pas être dérangés par un mauvais farceur à quelques heures de la cloche.  

Nathan focalisa tant bien que mal son regard sur le jeune homme. Joli garçon. Un bon mètre quatre-vingt. Look à la mode avec option capuchon cachant ses cheveux. Des taches de rousseur sur les joues. Il navait pas lair dangereux. Pas éméché non plus note, ce qui plongea Nathan dans un bain dimpossibilités statistiques : jeune homme + cinq heures du matin + sobre + seul nest pas égal à la normalité. 

Il se concentra donc pour rassembler des mots en une phrase cohérente :

Je veux bien, mais pourquoi ça? Ya pas de feu, là, tu vois.

On peut voir ça comme ça, répondit lencapuchonné. Mais tu sais, un incendie est si vite arrivé. Cest fou ce que ça prend vite feu, une ville, la nuit. Je mappelle Jeremy, dit-il en tendant la main.

La jeune fille accompagnant Nathan sarrêta soudain de sourire béatement. Une fine lame de peur lui titilla livresse. Elle dévisagea le trouble-fête en cherchant dans son regard une trace de danger, un rictus, nimporte quoi justifiant cette sueur froide coulant dans son dos.

Nathan, je crois quon devrait y aller, tu sais, dit-elle en se déplaçant perceptiblement derrière lui. Tu mas dit que thabitais dans le coin non?

Elle dévisageait à présent son futur amant comme si c’était la première fois. Et ça l’était sans doute. Sous la lumière crue de la lune et des réverbères, elle découvrait ses cheveux noirs de jais, ses yeux brillants et son corps un peu pataud, bien que suffisamment bien proportionné pour sy blottir. Il se tenait bien plus droit sur la piste de danse. La nuit le dévoilait bien moins sûr de lui, légèrement écrasé par un ciel trop vaste ou une rencontre trop absurde. Sans un mot, Nathan sortit une carte de visite de sa poche et la tendit à la jeune femme.

Tu sais que vous pouvez contourner la colline en passant sous le pont et en suivant le ruisseau, commenta Jeremy. Cest beaucoup plus sûr, de nos jours, et bien mieux fréquenté. Si tu as de la chance, tu verras des renards.

Jeremy se saisit alors du téléphone que lui tendait toujours Nathan et composa un numéro visiblement court, attendit patiemment une réponse et déclara dune voix de citoyen modèle :

Bonjour, je vous appelle pour vous signaler un incendie rue Neuve. Plusieurs voitures sont en feu.

Il raccrocha tranquillement, ouvrit son sac à bandoulière et en sortit deux bouteilles en verre, au trois quarts pleines dun liquide transparent et dont dépassaient des goulots d’élégantes volutes de soies brodées. Il les posa sur le sol devant lui.

– Tu en veux un ? demanda Jeremy à Nathan. Ma compagne a réalisé les mèches. Sans rire. Tant qu’à bouter le feu, autant faire ça bien.

La soirée prenait un virage parfaitement désagréable pour lequel Nathan manquait cruellement de repères. On ne lui avait pas appris à discuter avec un pyromane. Ni à évaluer le danger, pour lui, la jeune fille à ses côtés et tout objet inflammable dans le périmètre. Rien du tout. Alors il se borna à un commentaire digne dune constatation météorologique :

Tu vas mettre le feu à des voitures?

Il sentait confusément que ce n’était pas la bonne réponse. Mais son cerveau imbibé de mojitos faisait ce quil pouvait.

Pas toi, rétorqua Jeremy? Cest marrant, jaurais juré que oui. Tas un regard à lancer des bombes sur les voitures. Prends-la dans tes mains tu verras, ça réveillera un truc. Un petit litre dessence, mais une grande baffe pour lhumanité.

Sans attendre de réaction, Jeremy jeta le téléphone de Nathan dans le ruisseau, alluma les deux mèches, posa un des deux cocktails Molotov au pied de Nathan et partit sur son vélo, une bombe incendiaire en équilibre dans sa main gauche et le guidon dans lautre, à lassaut de la Coline de Ville et de ses longues files de voitures éteintes.

Nathan resta de plusieurs secondes immobile à essayer de trouver une pensée cohérente dans son cerveau baigné dalcool. La première qui lui vint fut : Putain, mais il a jeté mon téléphone à leau ce con. Pas de quoi fouetter un académicien.

Pendant ce temps, Jeremy avait remonté une bonne partie de la colline, zigzaguant nonchalamment dun côté à lautre de la chaussée.

C’était une rue résidentielle comme on en plante dans toutes les villes du monde, parsemée de maisons au perron desquelles dormaient barbecues et mobilier de jardin. Quelques petits immeubles avaient au fil des années poussé dans un paysage ressemblant de plus en plus à un cimetière de pièces de lego organisées en partie de tetris paresseuse par des architectes se bornant à construire des rectangles de béton entre de là et de là.

Une rue triste daprès les goûts de Jeremy. Sans âme. La vie est organique. Elle a des formes. Des matières, mais il n’était pas là pour discuter maison et décoration et finit par jeter son dévolu sur un monstrueux 4×4 arborant fièrement son hybridité, sous lequel il lâcha nonchalamment son opinion de consumateur quant au bien-fondé de lexistence dun tel véhicule.

Il continua ensuite son chemin sans même se retourner, en sifflotant Im singing in the rain, allez savoir pourquoi, avant datteindre le sommet derrière lequel il disparut, aussi calmement quil était apparu.

Un peu pataud sur son pont, Nathan observait la scène. Il vit le dessous de lautomobile prendre une jolie couleur orange, comme une plaque chauffée à blanc sur laquelle on sapprêtait à cuire un pop-corn géant. Il scruta la rue à la recherche dun danger éventuel, dun enfant insomniaque ou dune grand-mère matinale, de quelquun ayant besoin de son aide, une raison daccourir. Mais non, la voiture allait attendre seule les pompiers. 

Il se rappela alors quun engin similaire se consommait à ses pieds et quil navait aucune idée de la dangerosité de la chose. Il le prit dans une main, le soupesa un instant avec curiosité, se demandant si cela allait allumer une mèche rebelle en lui. Mais non, rien ne se produit, si ce nest le besoin impérieux de se débarrasser du danger. Alors il fit comme tout citadin face à ce quil ne comprend pas; il le jeta le plus loin possible par-dessus le pont, au royaume de feu son téléphone et des eaux tourmentées du ruisseau en pleine mue printanière.

Il se retourna ensuite pour voir comment sa compagne avait vécu la scène. Plus aucune trace, évidemment. Peut-être lattendait-elle à son appartement, mais il ny croyait plus trop. Alors sans un dernier regard vers la rue en feu, il sortit des écouteurs de sa poche, appuya sur play et se dirigea le pas chaloupant vers lescalier de pierre menant sous le pont. Les reflets des gyrophares accompagnèrent sa descente des marches, les teintant de bleu électrique et dun bel effet stroboscopique.

Dans la rue, dautres voitures prenaient feu à la queue leu leu. Et sur le versant opposé de la colline, le soleil, superbe et indifférent, se levait.

Arrivé au bord de l’eau, Nathan s’apprêtait à suivre la rivière vers laval en cherchant le sentier qui le ramènerait chez lui à travers la forêt. Il sarrêta pour alléger sa vessie et avisa, juste là, planté tête en bas dans le sable des berges, intact et inoffensif dans la lumière de laube, le cocktail Molotov dont il venait dessayer de se débarrasser.

Après avoir longuement levé les yeux au ciel, il se baissa, le ramassa, le fourra dans son sac et rentra chez lui, seul et contrarié. En grommelant.

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