# Comme une boîte à musique

Auteur : Yann Loosli  
Recueil : Voire un peu plus  
Année : 2009  
Adresse : https://www.yannl.com/comme-une-boite-a-musique/

C’était comme une boîte à musique  

Une boîte en bois avec la vie en dedans  

Des rouleaux silencieux  

Piquetés de souvenirs  

Dissimulés aux yeux  

Des gens de peu de joie  

C’était comme une boîte à musique  

Que tu gardais juste là  

A la vue de tous  

Exhibant la boîte  

Cachant la musique  

Tu la cachais  

Comme on renonce à l’enfance  

Tu la cachais  

Comme on nargue demain  

C’était comme une boîte à musique  

Et ses arcs-en-ciel de notes  

En mineur  

En majeur  

Des notes jetées là  

Trainées de souvenirs  

C’était un moulin à prières  

Le chuchotement  

Des nuits d’hier  

C’était comme une boîte à musique  

Une boîte en bois avec la vie en dedans  

Et ce soir  

Entre deux tours de magie  

Tu la remets entre mes mains  

Comme un magicien mutin  

Osant un nouveau tour  

Débrouille-toi, tu me dis  

Débrouille-toi  

Je ne sais que faire  

De toutes ces notes  

Ouvres-la  

Ouvre-la si tu l’oses  

C’est une boîte à musique  

Et toi le singe, sur l’épaule du magicien  

Tournant la manivelle  

Oublieuse de la mélodie  

La boîte est cassée, tu me dis  

Ecoute. Les notes sont mortes  

Alors je l’accepte  

Bras ouverts  

Coeur léger  

Curieux  

Je la pose sur le sol  

Sur la terre  

Juste là  

A nos pieds  

Je ressens ses rêves  

S’échapper entre les fissures  

Je sens les sorts  

Les enchantement  

Les malédictions  

Les abracadabra de l’existence  

Puis je pose ta main sur mon coeur  

Il bat fort  

Tu as peur  

Il est ouvert, je te dis  

Et j’ouvre la boîte  

En te souriant un merci  

Je l’ouvre comme on se découvre  

Devant la beauté d’une âme  

Alors tu me transportes  

Dans l’essence de toi  

Tu me dis ta musique  

Les rouleaux se délient  

Cliquetis de la mémoire  

Tu me dis des voyages entre deux gares  

des cafés sur des terrasses désertes  

des illuminés sur des chemins de terre  

des éclats de rire dans tes rêves  

des éclats de mort sur tes lèvres  

des glaces à deux  

des quêtes oubliées  

des ronronnements de chats  

des soupirs d’ennui  

des désirs de bonheurs  

des râles de plaisir  

Tu me dis l’enfant  

Caché dans les blessures du temps  

Tu me dis tes mondes  

Les sauvés, les perdus, les sacrifiés  

Tu me dis tes hauts et tes bas  

Tes craintes et tes doutes  

Tes certitudes et leur contraire  

Tes sources et tes gouffres  

Tu me dis la géographie de ton histoire  

Sans ambage  

De joies en peines  

D’illusions en nouveaux rêves  

Tu me dis comme on s’oublie  

Et puis tu te tais  

La boîte toujours ouverte  

Au centre de nous  

Et puis tu me regardes  

Comme on attend la pluie  

Comme on attend la fuite  

Plus nue qu’après l’amour  

Tu me regardes et moi je souris  

N’ayant rien à dire  

On se tait devant la beauté d’une âme  

Mais tu m’attends  

Alors je prends ta main  

Nous nous levons  

Le jour s’est levé  

J’ouvre les rideaux  

Le monde nous salue  

Spectateur attentif de nos devenirs  

Merci pour tes hier, je te dis  

Merci pour le chemin  

Qui t’a mené dans l’ici et maintenant  

Allons marcher un peu tous les deux  

Et en chemin  

Si tu le veux bien  

Je te conterai ma musique  

Allons marcher un peu tous les deux  

Et inventons en fredonnant  

Les mélodies de demain  

Ici et maintenant  
