Comment j’ai vécu sans supermarché cette semaine: Joies et grincements de dents

La première semaine, facile ! Le garde-manger est encore rempli des restes des courses du mois précédent. La deuxième semaine amène par contre son lot de quêtes à entreprendre et de trésors à découvrir. Les options s’amenuisent et premiers symptômes du manque se font ressentir. Tour d’horizon.

Quand le repas de midi devient exotique malgré lui

J’ai passé de nombreuses années à manger au restaurant du coin. Sacré budget. Sans parler de la qualité. A Carouge (Genève), je ne connais qu’un restaurant qui propose des plats du jour plus élaborés qu’un morceau de viande ou de poisson avec du riz ou des pommes de terres et décoré de deux trois pauvres légumes. On dirait que la cuisine s’arrête là. Comme des pianistes décidant de jouer uniquement en do majeur. Sur septs notes. En ignorant les 81 autres. Sans parler du fait que la viande en question vient la plupart du temps du Brésil ou d’Argentine et que les plats complets n’en contenant pas sont inconnus au bataillon. No comment. Cela m’a agacé pendant des années, jusqu’à ce que je puisse enfin déménager mes bureaux dans un lieu où manger sur place à midi était possible dans de bonnes conditions.

On dirait que la cuisine s’arrête là. Comme des pianistes décidant de jouer uniquement en do majeur. Sur septs notes. En ignorant les 81 autres.

Depuis, c’est le bonheur: Je me prépare des tonnes de nourriture à l’avance et emmène de quoi me sustenter à midi. Mon choix d’ingrédients. Ma façon de les associer. Personne à blâmer que moi-même si je ne suis pas content. Facile.

Cette semaine m’a forcé à improviser… En voulant me préparer vite fait une salade (choux rouge, carottes, endives, quelques pignons), mon blender a été pris d’une grosse quinte de toux. Atchoum atchoum. Erreur 34. Atchoum. Du coup pas de salade, pas de smotthie du jour. Nada. Je suis arrivé tout bredouille à l’heure du déjeuner, sans même pouvoir aller à la Coop du coin grommeler en achetant de quoi manger. Parce que bien sûr… agacé par la panne, j’avais bien pris soin d’oublier mes légumes à la maison. Merci monsieur Murphy. Du coup, je suis allé faire un tour à l’épicerie du coin. Epicerie portugaise. Ou turque. Enfin un peu des deux. La patronne m’a servi de guide dans ses étals remplis de produits inconnus et suis reparti avec des mini poivrons fourrés au chou, des petits pain blanc façon turque (deux fois moins cher qu’un pain de supermarché) et une tartinade de poivons, tomates et épices.  Pour 10 francs, je suis reparti avec assez de victuailles pour trois ou quatre repas… simples certes, mais efficaces.

A la recherche du légume perdu

Les courses du jour. De quoi composer une semaine amusante.

Samedi. Mission courses. Pas de Onalavie au programme. Je prends vraiment la mesure de la difficulté et des avantages des supermarchés (même si, à mon sens, Onalavie est plus une grosse épicerie qu’autre chose, mais jouons le jeu jusqu’au bout). Donc… première étape: Chasser le légume dans la région. J’hésite à aller à l’union des maraîchers. CHF 20.- la cagette remplie de légumes, c’est quand même top. Mais je veux garder au moins la même assurance de qualité que mon magasin bio habituel (laissons les polémiques sur le bio de côté, elles ne font pas de bonnes soupes). Bref, je commence par un lieu de la rive gauche, en campagne, connu pour ses produits régionaux, bio etc. La visite aura duré deux minutes. Être accueilli par des tomates et de jolis étalages de légumes d’un peu partout sur le planète, joliment calibrés aura suffit à ma peine. Je suis ressorti en pestant et me suis laissé conduire en France voisine, à la Ferme des 4 Saisons, à Esery (oui je sais, Julia, j’aurais pu aller à la Ferme de Budé. Ce sera pour le week-end prochain).

Là, enfin, je me sens bien. Pas vraiment du bio. D’ailleurs je m’en fous. Je trouve ici des gens à qui on peut demander très simplement si le moindre produit chimique a été utilisé pour faire pousser ceci ou cela. Parfait. Je reviendrai. Mission légumes accomplie.

Bye bye emballages, coucou le vrac

Noisettes, pois-chiches, amandes et biscuits à l’okara d’amandes
réalisés avec les restes de mon lait d’amandes.

Je n’aime pas les emballages. C’est comme ça. Je me ballade avec ma collection de sachets en tissu pour faire mes courses et prends un grand plaisir à déballer ensuite mes trouvailles sur la table sans avoir au passage rempli un sac de 60 litres de déchets. Dans le pire des cas, un sachet en papier me permettra de lancer une bonne flambée le soir venu. Pour cette semaine, il me faut des noisettes, des amandes et du soja. Donc, direction Nature en Vrac, dans le quartier des Grottes (Genève). Je connais bien Mariana et Marcela, toutes deux ayant officié chez Betjeman and Barton à Carouge pendant des années. Comme le thé se sert également en vrac, leur nouveau projet tisse une jolie continuité dans le champ des possibles. Pour le coup, j’ai trouvé non seulement une source délicieuse pour tout ce qui ressemble à une céréale ou une graine, mais également des savons, des produits ménagers, des huiles et du vin. Les vins nature (sans sulfites ajoutés, ma marotte) arrivent la semaine prochaine. Je me réjouis.

Je repars donc heureux, emportant à la dernière minute avocats et citrons que je n’avais pas trouvés à la ferme. Ne me manquent que quelques bananes pour être parfaitement heureux. Ces trois ingrédients ne sont ni locaux, ni de saison évidemment, mais ma conscience et moi faisons avec.

Crise d’ego: Je VEUX mes graines de soja, MAINTENANT

La dernière étape de mes courses m’a fait réaliser un comportement amusant. L’Epicerie du Marché m’a commandé des graines de soja jaunes, indispensables à mes petites manies. Sans elles, pas de lait de soja, pas de tofu, pas de tempeh, pas de tartinades. Je suis donc joyeusement passé les prendre avant de rentrer à la maison, congelé sur mon brave Ravi (mon scooter s’appelle Ravi, c’est comme ça).

Arrivé à l’épicerie, je pensais que la porte avait un problème. Elle ne s’ouvrait pas, la coquine. Pourtant il y avait de la lumière. Il était 16 heures. Bref, je voulais mes graines. Mon dialogue intérieur est passé en mode gros con-sommateur: Non mais… le monsieur ferme son magasin le samedi après-midi. Et le dimanche et le lundi. Quelle vision du service et du commerce! Non mais sans blagues! Je VEUX mes graines de soja! Maintenant!
Bref, en une seconde, je m’étais transformé en tout ce que je n’aime pas. Et il m’a fallu une bonne demie heure pour m’en rendre compte.

Pour commencer, j’ai pianoté sur mon téléphone. Il devait bien y avoir une épicerie bio dans le coin. Je suis passé à la rue de Carouge. A côté de la Migros a ouvert un gros bidule bio. C’est un supermarché ou pas? Allons voir. Tour dans les étals. Petit coup d’œil sur les prix. Question à un vendeur: Vous avez des graines de soja ? Lui: On a des protéines de soja. Moi: Non, des graines, pas des protéines. Lui: Jamais entendu parler de ça. Moi: Soupir. Chercher la porte. Réfléchir… Faire prendre l’air à mes conditionnements. Trouver une autre solution.

Le froid m’a aidé à faire le point et à calmer mes étroitesses d’esprit: Je veux ça pourquoi ? Parce que ! Bien. Cela ne rend pas vraiment heureux ? Non! Alors, on fait quoi ? Demandons à la créativité: Ben on pourrait faire des tartinades de plein d’autres trucs. Faire cuire des pois-chiches, faire du humus, une purée de pommes de terre, une mousse de carottes. Si tu veux des desserts on fera un riz au lait d’amandes avec des morceaux de la pâte de goyave que tu as ramené d’Inde. Et voilà. On va faire autrement. Ça va mieux ? Bien mieux. Allons boire un thé.

Marketing m’a pas tuer

Cette mésaventure des graines de soja m’a fait réfléchir au marketing et à ses déviance$. C’est pour moi un des éléments les plus toxiques du commerce moderne. Vouloir vendre ce que l’on fait, c’est assez logique. Le faire en manipulant les émotions des clients, par contre, cela ne me plait pas. Créer des pulsions pour y répondre, ce sera sans moi. C’est une des raisons pour lesquelles je préfère connaître l’origine des produits et peine à déléguer cette expertise. Les supermarchés sont devenus de gigantesques machines à vendre. Le bien-être du client ne rentre pas du tout dans leur cahier des charges. Ou alors revu et corrigé par un service juridique fan d’échappatoires. J’ai du m’entrainer des années pour ne plus voir les publicités dans les rues, sur les tram et ne plus lire les manchettes de journaux (mon truc est simplement de focaliser sur autre chose, un visage, un arbre, une corniche etc). Je me sens bien mieux depuis. Et j’aime bien l’idée de n’acheter que ce dont j’ai besoin dans des lieux ou sur des sites internet dans lesquels je sens le même engagement.

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