La machine à t’écrire

J’ai écrit à la plume sur des feuilles de Vélin.
Au stylo-bille sur des tickets de bus.
Au feutre sur des panneaux de circulation.
Avec les doigts sur le sable des plages bretonnes.

J’ai écrit avec tout ce qui peut laisser une trace sur quelque chose.

Si j’avais aimé les armes, je ne me serais pas privé d’écrire un poème de plomb sur une cible. Si j’étais capable de supporter le bruit d’un marteau piqueur, je me serais fait une joie de décorer le béton d’une élucubration. Si je n’étais pas si craintif, j’aurais appris à piloter pour écrire un mot de kérosène dans un ciel bleu. Et si, et si, avec tous ces “si” je devais mettre Paris en bouteille, j’en profiterais pour inscrire quelque chose sur le bouchon.

J’ai écrit sur les terrasses. Oh oui, les terrasses. Un café sur la table, une cigarette au bec et un ustensile à écrire à la main.

J’ai écrit au restaurant, déplaçant mon assiette à mesure que la nappe de papier se couvrait de mes hiéroglyphes.
J’ai écrit dans les bars, sur ces ronds de bière que je retrouvais le lendemain au fond de mes poches sans pouvoir les relire. Et quand il n’y avait plus de ronds de bière, eh bien, je rentrais chez moi, et en profitais pour décorer la buée des fenêtres.

J’ai écrit au printemps, en lançant des cailloux dans les rivières en crue.

L’été, en attendant la marée.
A l’automne, traçant dans les allées de feuilles mortes des lettres improbables.
En hiver, partout où la neige offre l’ivresse de la plaine blanche.

J’ai écrit lorsqu’il n’y avait plus rien à dire. Lorsque l’encre coule plus facilement que la salive.

J’ai écrit pour dire je t’aime. Pour dire pars. Pour ne rien dire du tout. Pour dire quelque part, quelqu’un, quelque chose.

J’ai écrit pour ne pas affronter ton sourire.
J’ai écrit pour affronter ton sourire.

J’ai écrit avant l’amour. Après l’amour. Ou pendant. Dessinant en soupirs des lettres douces au creux de ses seins.

J’ai écrit. Simplement. Pour le plaisir. Et j’écrirai toujours.

Partout.

Je suis une machine à t’écrire.

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