quatorze

Vingt-quatre décembre de la même année. Place de l’Eglise. Les passants remplissent leur rôle, courant de boutique en échoppe, d’attente en déconvenue. La rue est belle. C’est Noël. Jour des pas perdus.

Eve, emmitouflée dans une fourrure, a pris place dans la file.
De Natan elle n’a aucune nouvelle. Elle n’en a pas pris. Culpabilité. A l’annonce de la mort de la Professeur Damato, elle manqua d’aller le voir. Manqua. La peur lui fit un pied de nez.
Perdue dans ses pensées, elle grignote un marron.

N’osant aller à lui, elle espère ce soir un heureux hasard. Une de ces coïncidences qui le ferait apparaître, là, à deux pas d’elle, à portée de mains, de souffle.
Elle le cherche dans la foule. Ne croise que son indifférence.
Les portes s’ouvrent.
Désespérée, Eve suit la placeuse, s’assied, le cherche encore. Il n’est nulle part.
Trois coups. Silence. Le rideau improvisé s’ouvre, dévoilant, dans toute sa sombre sobriété, l’objet du délice. Le piano.
Un couple de minutes passe, distrait seulement par deux éternuements et un rire d’enfant.
Trois autres coups.
Un homme sort des coulisses. Se dirige vers l’instrument. Ajuste le tabouret. S’installe.
Un élégant musicien à la droite stature, costume noir et écharpe blanche. Natan.
La foule applaudit. Debout. Eve reste assise. Ébahie.
Il joue. Sans préambule.

Le concert est un triomphe. La foule en redemande. Une fois. Deux fois. Dix fois. Et à chaque fois, un nouveau morceau. Une nouvelle émotion. Natan semble pouvoir jouer indéfiniment.
Le public applaudit. Toutes larmes dehors.
Finalement, le musicien place la dernière note. Salue. Se retire.
Les portes s’ouvrent. L’Eglise se vide. Seule Eve reste. Elle cherche son amour. Ne le trouve pas.
Il n’y a plus personne derrière le piano.
Résolue, elle sort.

Dehors, la nuit a pris son tour de garde. Les candélabres éclairent faiblement la place. Il neige. De rares passants s’encoublent dans d’innombrables paquets cadeaux.
Le Marchand de Marrons est encore là, discutant avec un client. Un client fort élégant, en costume sombre. Natan.

Elle se dirige vers lui, comme si de rien n’était. Arrivée à l’échoppe, elle se met derrière lui, attendant son tour. Natan et le marchand se racontent des plaisanteries, comme de vieux amis.
Le Marchand. Un homme à l’âge indéfinissable, barbe grise et cheveux blancs. Le même que cet été ? Peut-être. Elle ne saurait le dire.

Natan se retourne, lui tend un sachet de marrons en souriant.
Elle lui rend son sourire.
Natan la prend par la taille.
Ils rentrent à la maison.

 

Ils firent un enfant cette nuit là.

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Une douceur poétique pour la route ?

Si tu te sens une âme de chercheur