Partie VII

Les enfants ont cent ans

A eux tous

Les parents sont assis sur le toit

En bas les enfants jouent
Ensemble
A regarder la télé

Le four micro-onde
Prépare à manger

Sous les yeux des parents
La ville

Dans leurs yeux
Les yeux de l’autre…

Ils entendent la foule
Au loin

Ils se tiennent la main
Sans y penser
Comme pour s’assurer
De la présence de l’autre

Ils essaient de se rappeler quelque chose

Quelque chose de diffus
D’impalpable

Quelque chose qu’ils se sont efforcés
De ne pas oublier

Une promesse
Faite par une nuit d’été

Ils se serrent la main comme on prie
N’osant rien dire
N’osant rien demander

Ils sont assis, là, sur le toit,
Attendant

Ils regardent le soleil se coucher
Sans même le voir

Ils ne voient pas non plus

Les reflets
Dans les eaux calmes du lac

Les êtres de nuages
Se transformant
Au gré des vents

Les tuiles de la vieille ville
S’empourprer à l’idée
Des infidélités de la nuit

La femme, sur son balcon
Apprêtant une table joyeuse
Pour le retour de son compagnon

Ils ne voient plus le monde
Qui vit sous leurs yeux

Il doit être trop grand
Ou trop lent

Pourtant
Ils l’ont aimé, le monde

Ils l’ont même tellement fêté
Qu’ils lui ont offert
De nouveaux spectateurs

Avant qu’eux ne deviennent
De simples figurants
Dans le grand jeu du temps

Eux qui ont arrêté de courir
Et qui cherchent
Perdus sur leur toit
Leur promesse d’autrefois

Eux qui
Loin d’offrir
Les enfants qu’ils étaient
A ceux qu’ils ont mis au monde

Les noient d’absence
Les perdent

Dans les reflets cathodiques
De la réalité

Eux qui ont oublié
Qu’aucun coucher de soleil
Ne se découpe
En grille de programme

Que la souffrance
Ne vit pas entre deux plages de pub

Qu’un instant
N’est pas que du temps
Qu’il n’est pas fait que d’images et de sons

Qu’un instant
Ne se décline pas
En deux dimensions

Que la mort pue
Que la tristesse se tait
Et que l’amour se touche

Eux qui ont oublié
Que la terre a mille visages

Et que seules les ombres
De ses ombres
Passent au vingt heures

Eu qui ont oublié…
A tant se tenir informé

Eux qui ont oublié…
Que savoir est accessoire
Que comprendre est illusoire
Et que le partage n’est pas un pêché

Mais eux qui pourtant
Assis sur leur toit
S’aiment comme on premier soir
Sans savoir pourquoi

Ils restent ainsi longtemps
A zapper leurs souvenirs

Ils restent si longtemps
Qu’à la fin
Dans le salon
Leurs enfants se sont endormis
Enivrés de trop d’images

Ne reste qu’eux
Assis sur la mire
De leurs souvenirs

Se tenant la main
Comme deux enfants

Comme deux parents

Comme deux amants

Se tenant la main
Comme on tient une promesse

Tu as apprécié ? Partage stp

Share on facebook
Share on pinterest
Share on google
Share on twitter

Une douceur poétique pour la route ?

Si tu te sens une âme de chercheur